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Nanomédecine, la nouvelle arme contre le cancer ?

Au dernier congrès d’oncologie (ESMO) organisé à Munich, une étude de phase III démontre que les nanoparticules peuvent amplifier l’effet de la radiothérapie, et ainsi détruire davantage de cellules cancéreuses. Un concept totalement inédit qui offre de nouvelles perspectives.

Les nanomédicaments n’appartiennent pas à un futur lointain. C’est en 1995 que le premier médicament de cette nouvelle classe thérapeutique – la forme liposomale de l’anticancéreux la doxorubicine – a été approuvé. Une encapsulation qui réduit la toxicité cardiaque. Depuis, une quarantaine de nanomédicaments, dont une dizaine conçue à base de liposome, a été commercialisée en oncologie ou en infectiologie.

Mais aujourd’hui, les nanoparticules ne sont plus seulement utilisées en tant que vecteur pour délivrer une chimiothérapie ou un antifongique. Elles deviennent des médicaments et des outils de diagnostic à part entière. Une évolution illustrée par les résultats positifs d’une étude randomisée de phase III portant sur des nanoparticules d’hafnium développées par la société française Nanobiotix.

Amplifier l’effet de la radiothérapie pour détruire les tumeurs

Ces travaux réalisés dans 11 pays différents auprès de 180 patients atteints d’un sarcome des tissus mous démontrent que l’utilisation de ce matériau, baptisé NBTXR3, améliore l’efficacité de la radiothérapie préopératoire. « Les radiations ionisantes réagissent habituellement avec les molécules d’eau présentes dans la tumeur pour former un électron. Mais en présence des nanoparticules d’hafnium, 9 électrons sont générés, ce qui amplifie l’effet de la radiothérapie, et ainsi la destruction des cellules cancéreuses », décrit Dr. Sylvie Bonvalot, chef du service Sarcomes et Tumeurs Complexes de l’Institut Curie (Paris) qui a présenté l’étude au dernier congrès européen d’oncologie (ESMO) à Munich. Résultat : le taux de réponse complète (moins de 5% de cellules cancéreuses viables) est deux fois plus important dans le groupe ayant reçu une injection intra-tumorale de nanoparticules avant la séance de rayons que le groupe ayant reçu une radiothérapie exclusive (16% contre 8%). Mieux encore, le taux de réponse est quatre fois plus élevé chez les patients atteints d’un cancer de haut grade traités avec la particule NBTXR3 que dans le groupe contrôle.

Cependant, les effets secondaires ne sont pas négligeables. Environ 8% des malades ont souffert de réactions immunes de grade 3-4 qui ont nécessité une corticothérapie. « En revanche, on montre que les nanoparticules d’hafnium n’augmentent pas la toxicité de la radiothérapie car elles restent dans la tumeur et ne fuient pas vers des tissus sains », souligne la responsable de l’étude.

A ce jour, NBTXR3 est le nanomédicament le plus évolué sur le marché. Il est d’ailleurs le premier amplificateur de radiothérapie à avoir été testé en essai de phase de III. Ce produit est également en cours d’essai de phase I/II dans les cancers du rectum, de la prostate, de la tête du cou ou encore les cancers hépatiques. Un autre amplificateur de radiothérapie, AGUIX, entre en phase II à Grenoble pour le traitement de glioblastomes. Ces nanoparticules, développées pas la société française NH TherAguix, présentent l’avantage d’être injectables, dégradables et observables par IRM.

Exploiter la lumière ou l’électromagnétisme

En parallèle, de nombreuses autres stratégies sont en cours de développement, comme par exemple la thérapie photodynamique. « Cette dernière s’appuie sur des agents moléculaires ou nanoparticulaires activés par un laser, ce qui libère des radicaux libres toxiques pour les cellules cancéreuses. Elle est très avancée dans le traitement local du cancer de la prostate », décrit le Dr Nathalie Mignet, directrice de recherche au CNRS et responsable de l’équipe de recherche « Vecteurs pour l’imagerie moléculaire et le ciblage thérapeutique ».

Certaines équipes tentent également d’exploiter l’électromagnétisme pour faire vibrer des nanoparticules d’oxyde de fer dans les tumeurs. « De plus en plus utilisés dans des essais cliniques, ces nanoparticules étaient jusqu’à maintenant utilisées en imagerie, notamment pour visualiser les métastases hépatiques », relève le Dr Mignet. Car en dehors des applications thérapeutiques, les nanoparticules offrent aussi de nouvelles perspectives en matière de diagnostic.

Ces objets minuscules mobilisent aujourd’hui de nombreuses équipes de recherche universitaires, ainsi que des sociétés de biotechnologie. Le nombre de publications explose. Mais pour le moment, peu de ces projets sortent des laboratoires. L’un des principaux écueils est l’élimination de ces nanoparticules inorganiques. « La biodégradation est aujourd’hui un prérequis. On cherche à savoir si les nanoparticules sont capables d’entrer dans un processus de biodégradation dans lequel notre organisme serait capable de les éliminer par lui-même car on ne souhaite pas injecter des nanoparticules qui pourraient s’accumuler dans l’organisme », soulève la chercheuse. Dans le cas des nanoparticules d’hafnium, l’obstacle a pu être levé car l’objectif est que tous les patients soient opérés après la radiothérapie.

 

Par Anne-Laure Lebrun, journaliste scientifique

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