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Lutte contre l’antibiorésistances : des alternatives aux antibiotiques sont indispensables

Pour limiter l’émergence de résistances bactériennes, réduire la consommation d’antibiotiques est une nécessité. Mais cela ne suffira pas. Le besoin de nouvelles options et stratégies thérapeutiques complémentaires aux antibiotiques s’impose.

Avec 759 tonnes d’antibiotiques destinés à la santé humaine vendues en 2017, la France conserve sa place de 3e pays européen le plus gourmand d’antibiotiques derrière la Grèce et Chypre, selon les derniers chiffres présentés par les autorités de santé à l’occasion de la semaine mondiale pour un usage des antibiotiques.

La très grande majorité de ces médicaments essentiels est presrite en médecine de ville (95%), et pour une grande part par des généralistes. Des prescriptions en hausse depuis une décennie. Mais une bonne nouvelle vient éclaircir le tableau : en 2017, les praticiens libéraux ont moins prescrit d’antibiotiques que l’année précédente (29,2 doses pour 1000 habitants contre 30,3 doses). Mieux encore, le nombre de prescriptions d’antibiotiques particulièrement générateurs de résistance (amoxicilline + acide clavulanique, céphalosporine de 3e et 4e générations, les fluoroquinolones) ont diminué de « façon marquée » chez les adultes hors ALD et les enfants. Le rapport salue également la distribution croissante du test rapide de diagnostic rapide angine. En 2017, près de 2 généralistes sur cinq l’ont commandé contre un tiers en 2014. « Le développement de nouveaux tests rapide de diagnostic facilitera le bon usage des antibiotiques. En identifiant rapidement le médicament le plus approprié, on guérira mieux les patients, et on évitera de sélectionner des souches résistantes », insiste Philippe Glaser, responsable du laboratoire « Ecologie et évolution de la résistance aux antibiotiques » de l’Institut Pasteur (Paris).

Mais pour freiner la propagation des bactéries multirésistantes – responsables de 125 000 infections et 5000 décès tous les ans en France -, la réduction de la consommation des antibiotiques ne suffira pas. A l’heure où les impasses thérapeutiques deviennent fréquentes, la recherche d’alternatives devient cruciale. Une problématique que semble avoir saisie le gouvernement puisque 40 millions d’euros seront débloqués à partir de 2019 pour accélérer la recherche de nouvelles solutions de lutte contre l’antibiorésistance.

La phagothérapie revient sur le devant de la scène

Et parmi ces nouvelles options thérapeutiques, la plus prometteuse est une thérapie « biologique » : la phagothérapie. Oubliée et discréditée lorsque les antibiotiques sont arrivés, cette thérapie s’appuie sur les bactériophages, les prédateurs naturels des bactéries largement présents dans l’environnement. « Il existe plusieurs bactériophages différents par espèce bactérienne. Cette diversité des solutions offre un avantage aux bactériophages sur les molécules antibiotiques », explique Laurent Debarbieux, responsable du groupe « Interactions bactériophage-bactérie chez l’animal » de l’Institut Pasteur (Paris). Autre avantage : ces entités biologiques savent comment contrecarrer les résistances que les bactéries mettent en place pour se défendre.

Mais pour l’heure ce traitement n’existe pas en France. « On ne peut utiliser les phages qu’à titre compassionnel, regrette le Dr François Ravat, chef de service d’anesthésie-réanimation du CH Saint Joseph et Saint Luc (Lyon) et secrétaire général de la Société Française de Brulologie. Les patients qui souhaitent se faire traiter par phagothérapie se rendent à Tbilissi en Géorgie, où les médecins n’ont jamais arrêté de les utiliser depuis les années 1930 ».

Toutefois, les essais cliniques en Europe, et notamment en France, se multiplient. Le Dr Ravat a réalisé l’un des premiers essais cliniques multicentrique européen visant à évaluer l’efficacité de cette approche pour traiter les infections de brulures à P. aeruginosa (protocole PHAGOBURN®). Les résultats montrent que la phagothérapie est est aussi efficace que le traitement de référence mais cette efficacité est plus lente. « Cette infériorité d’efficacité s’expliquerait par le fait que les bactériophages de notre cocktail semblent compétitifs. Nous avons été trop ambitieux en voulant concevoir une solution de bactériophages universelle contre le bacille pyocyanique. Nous aurions dû mélanger nos 15 souches de bactériophages juste avant l’application au malade », décrit le spécialiste. Un autre essai est actuellement en cours pour évaluer l’efficacité d’un cocktail de bactériophages lytiques à traiter les infections ostéoarticulaires provoquées par Staphylococcus aureus et S.epidermidis.

La vaccination pour faire reculer les infections

Outre les bactériophages, une stratégie éprouvée s’avère efficace pour lutter contre l’antibiorésistance : la vaccination. En effet, le monde médical revoit la place de cette stratégie de prévention, et la lutte contre l’antibiorésistance devient un axe de promotion de la vaccination. « Le vaccin qui a un effet direct contre l’antibiorésistance est le vaccin contre le pneumocoque. Il cible les souches les plus virulentes, dont certaines présentent des résistances aux antibiotiques, décrit Philippe Glaser qui ajoute que des projets de recherche sont en cours pour concevoir des vaccins ciblés spécifiquement contre des bactéries multirésistantes.

De même, le vaccin antigrippal permettrait de freiner le phénomène. Chez les personnes âgées ou immunodéprimés, le virus de la grippe peut faire le lit d’infections bactériennes secondaires. « Or si les personnes vaccinées contre la grippe étaient plus nombreuses, ces surinfections nécessitant une antibiothérapie pourraient être évitées », relève Philippe Glaser Et comme le résume le nouveau slogan des autorités sanitaires « une infection évitée, c’est un antibiotique préservé ».

D’autres solutions de lutte contre l’antibiorésistance sont également séduisantes. Les peptides anti-microbiens, des molécules proches des antibiotiques peu sujettes aux résistances bactériennes, ou encore les anticorps monoclonaux capables de cibler les bactéries pathogènes sont des pistes intéressantes. Des équipes tentent également de mettre au point des techniques capables de désarmer spécifiquement les bactéries pathogènes sans avoir d’impact sur l’environnement et sélectionner des souches résistantes.

 

Par Anne-Laure Lebrun, journaliste scientifique

Sources :

https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC4837499/

http://www.thelancet.com/journals/lancetid/article/PIIS1473-3099(15)00270-4/abstract

https://journals.plos.org/plosone/article?id=10.1371/journal.pone.0184420

http://www.phosa.eu/hcl.html

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