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Dysfonction érectile : pourquoi faut-il changer de regard sur les implants péniens ?

Le retour des implants péniens sur le devant de la scène est dû aux progrès technologiques dont ils ont récemment bénéficié et au fait qu’ils constituent une chance pour retrouver non seulement une sexualité mais une qualité de vie satisfaisante. Les recommandations françaises 2018 sur la prise en charge de la dysfonction érectile leur offrent leurs lettres de noblesse.

80% des patients souhaitent que l’histoire sexuelle soit abordée en consultation

Être interrogé systématiquement sur sa sexualité est le souhait d’une majeure partie des hommes, selon une enquête conduite en médecine générale (1). Peu à l’aise avec le sujet ou craignant d’embarrasser le patient, le médecin élude majoritairement la question, alors même que 93% des hommes en seraient ravis. Constat identique chez les hommes diabétiques, où les médecins généralistes prennent rarement en considération l’éventualité d’une dysfonction érectile, dépistage comme prise en charge (2). Or pour le Dr Sébastien Beley, urologue (GH Diaconesses Croix SaintSimon, Paris), dans le cadre des maladies chroniques, « le handicape sexuel relève de la prise en charge globale du patient ».

La dysfonction érectile, sentinelle des maladies cardiovasculaires

Un homme avec une dysfonction érectile étant à risque cardiovasculaire augmenté, l’intérêt de son dépistage en cas de facteurs de risque est primordial. En effet, notamment après 40 ans, la dysfonction érectile est considérée comme une forme clinique de la maladie endothéliale. Elle se retrouve dans l’hypertension, les dyslipidémies et l’ensemble des pathologies cardiovasculaires.

Sans surprise, elle frappe plus durement la population des diabétiques : un sur deux en souffre. Chez eux, la prévalence dépasse de loin celle de la population générale, variant entre 20 % et 67 % (3). La maladie endothéliale se situe au cœur des complications dégénératives du diabète et de la pathologie érectile, avec une moindre biodisponibilité du monoxyde d’azote et une perturbation de la neurotransmission de l’excitation sexuelle.

L’algorithme thérapeutique version 2018

L’algorithme thérapeutique dans la dysfonction érectile vaut pour tous les hommes, y compris vasculaires ou diabétiques (4-5) avec, en première ligne, le traitement oral par inhibiteurs de la PDE5. Mais du fait de la maladie endothéliale sous-jacente, leur efficacité chute à 52-72% chez le diabétique (6). Solutions de replis, les injections intra-caverneuses ainsi que la prostaglandine E1 en application intra-urétrale peuvent, elles aussi, faire l’objet d’une intolérance (rejet, douleur) voire d’une contre-indication (prise d’anticoagulants oraux).

Les prothèses péniennes constituent la troisième ligne de traitement car elles se substituent de façon définitive au tissu érectile. Comme le stipulent les guidelines 2018, les implants péniens trouvent ici une « indication préférentielle chez les patients poly-morbides, polymédicamentés, souffrant de dysfonction érectile sévères, souvent diabétiques avec complications importantes, ou dans un état vasculaire sévère ». Ces dispositifs ne modifient en rien les sensations péniennes, la miction, l’éjaculation ou l’orgasme. L’orgasme et le plaisir ne sont pas affectés, « le plaisir étant grandement lié au sentiment de masculinité retrouvé, fait remarquer le Dr Marie Hélène Colson, directeur d’Enseignement DIU de Sexologie (Faculté de médecine de Marseille), et l’on connait bien aujourd’hui l’importance du vécu émotionnel sur l’intensité de l’orgasme ».

Implants péniens : des hommes majoritairement satisfaits

Les implants péniens peinent à se défaire de leur mauvaise image. « La méconnaissance et la diabolisation (« artificiel », « pas naturel », « dangereux »…) constituent autant de freins à leur essor, constate le Dr Colson. Le manque d’information aussi, y compris dans le milieu médical ».

Ces dernières années, on en implante 700 par an en France, soit cinq à dix fois moins qu’aux Etats-Unis. Les barrières devraient tomber, les experts ayant passé au crible la littérature scientifique affirment que « les prothèses gonflables actuellement utilisées donnent des résultats très positifs chez les patients comme chez leurs partenaires, avec un taux de satisfaction proche des 90 %, un ordre de grandeur retrouvé dans toutes les séries publiées (5) ». Un constat figurant également dans les recommandations internationales parues en 2016 (7). La satisfaction est au rendez-vous, sur les plans esthétique et fonctionnel mais à deux conditions : une indication juste et une information complète du patient (8). Une grande partie du succès de la prothèse pénienne dépend de l’information reçue par patient (et de sa partenaire) et de sa compréhension du fonctionnement ainsi que des résultats à en attendre (9-10).

Les prothèses péniennes, d’hier et d’aujourd’hui

Ces dernières années, les implants péniens sont devenus des dispositifs de haute technicité (matériaux synthétiques, valves préservant de l’auto-inflation, implant totalement invisible, pompe de taille réduite etc.).

Dans les implants gonflables (« hydrauliques »), plus récents que les « semi-rigides », ces cylindres se remplissent à partir d’un réservoir, via l’actionnement d’une pompe intra-scrotale. Les deux implants, un dans chaque corps caverneux, permettant une érection mécanique simulant l’aspect et la performance d’une érection naturelle. Une pression exercée sur la barre de vidange de la pompe permet de revenir à l’état flaccide.

Les cylindres sont positionnés de façon chirurgicale au cours d’une intervention de durée comprise entre 1h et 1 h30. L’hospitalisation dure entre 1 et 3 jours.

De façon globale, l’ensemble des complications concerne 1,7 à 6,6 % des patients (7), minimisées avec l’expérience du chirurgien (11). Quant au risque infectieux, il a considérablement chuté grâce aux implants pré-enduits d’antibiotiques, passant désormais sous la barre des 1% (5).

Laetitia Vergnac, d’après une interview des Drs Marie-Hélène Colson et Sébastien Beley. Septembre 2018.

Références :

(1) Sexologies. Volume 26, n° 3 pages 136-14 ; (2) Sexologies 2018 : 27, 53—58 ; (4) Urology 2004;64:1196—201 ; (5) Sexologies 2018 : 27, 53—58 ; (6) Sexologies 2018 : 27, 63—66 ; (7) J Sex Med 2016;13(5):860—75 ; (8) J Sex Med 2016;13(4):489—518 ; (9) J Sex Med 2012;9(6):1715—21 ; (10) J Urol 2005;174(1):230—9 ; (11) Transl Androl Urol 2017;6(Suppl. 5):S832—48 ; (12) Sex Med Rev 2013;1:150—63

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